Réflexion sur l’Identité de la Presse au Congo

image_pdfimage_print

Peut-on combattre les anti-valeurs en usant soi-même de celles-ci ?

En observateur averti, Je constate avec circonspection la culture de la presse congolaise depuis quelques mois. Je ne m’étonne pas du coup de gueule de M. Philippe MVouo, lors d’une interview livrée récemment.

Dans sa posture de Président du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication, il a affirmé sans coup férir, que la presse congolaise est pourrie, pour en justifier les états généraux, il faut le croire.

Tenez, depuis plusieurs semaines, cette presse nous rabat les oreilles, au nom de la lutte contre les anti-valeurs, sur un cas présumé de détournement des deniers publics. Les noms des ministres Maboundou, Matondo Thystère y sont associés. J’ai rassemblé tous les articles de presse qui traitent de ce sujet. J’en ai tiré quatre conclusions.

D’abord, le principe de la présomption d’innocence n’est nullement respecté par une presse qui devrait l’utiliser comme cheval de bataille. Une certaine presse rapporte de plus en plus, des faits non vérifiés et qui relèvent plus de la diabolisation organisée que de la vérité. Elle n’ose pas donner la parole, ne serait ce que par souci d’équité,aux ministres en question. Le Ministre Maboundou par exemple, est condamné avant même la fin des enquêtes. On verse plus dans des préjugés et des procès d’intention que dans l’objectivité et l’équilibre (charge et décharge) qu’exige le traitement de ce genre de dossier.

Ensuite, la presse qui généralement protège ses sources, expose allègrement sa collusion avec les services qui étonnamment dispute à la police judiciaire des enquêtes de droit commun.

Je sais que le plus grand risque que court toute presse, c’est la perte de son indépendance face aux lobbies de l’argent et du pouvoir politique. Les articles répétés contre ces ministres, rédigés uniquement à charge, questionnent objectivement sur la liberté d’initiative de leurs auteurs.

Ensuite encore, les contre-vérités flagrantes, qui remplissent ces articles, sont constitutives des velléités d’acharnement de cette presse à sensation. Comment peut-on affirmer un jour par exemple que le ministre Maboundou est arrêté et dire un autre jour qu’on a retiré au même Ministre le passeport à l’aéroport, au moment de partir à Washington dans le cadre des négociations avec le FMI. Ou le ministre est arrêté, ou il ne l’est pas !

Comment peut-on dire un jour que le ministre est entendu sur le fonds agricole et dire un autre jour qu’il s’agit de justifier 114 milliards de FCFA de budget géré de 2008 à 2016, comme si ledit fonds a bénéficié de cette somme.

Enfin, cette presse ne pose pas les bonnes questions dans le contexte de la lutte contre les anti-valeurs ouverte par le Président de la République, à l’occasion de son discours sur l’état de la nation, de décembre 2017.

Quels sont les objectifs et les principes de cette lutte ? Quelle est la population cible de cette lutte : les gouvernants, les ordonnateurs des budgets publics, les gestionnaires des deniers publics et les comptables, les administrateurs des crédits ou des marchés publics ? Quelle est la période ciblée par cette lutte ? Quels sont les services qui sont habilités à conduire cette lutte et selon quelles procédures ?

La presse doit se poser ces questions pour échapper à trois écueils : l’inquisition, la manipulation et l’infantilisation. Si les réponses objectives ne sont pas trouvées, la juste lutte contre les antivaleurs va accoucher d’une souris et mettra en évidence une antivaleur majeure, à savoir la manipulation, qui n’a pas fini de compter ses victimes. Après le ministre le ministre-objet des médias du moment, à qui le prochain tour ?

De toute évidence, pour relever les nombreux défis qui s’imposent au Congo, la presse en tant que vecteur de développement et de l’évolution des consciences devrait pourtant jouer un rôle majeur.

On rêve d’un pays où se fait par des journalistes responsables, la promotion de la liberté d’expression, c’est à dire des journalistes qui prennent en compte les observations des lecteurs, la non incitation à la haine ou à la discrimination.

Tel est le chemin du renforcement des valeurs qui fondent la démocratie ou l’Etat de droit. Que notre presse travaille dans l’équité et soit respectueuse de  la dignité de tout citoyen, quel qu’il soit.

Ainsi soit il.

Par Utum’ Nsi

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.