L’évolution du secteur bancaire en Rd Congo de 1956 à 1996

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MYANDE MIGANOGANO za LWANGA est né le 7 juillet 1934 à Ikama dans la collectivité de Pangi dans le Maniema, après des études moyennes faites à Kindu, il enseigne durant deux années chez les Pères de Saint-Esprit à Kindu.
Le premier juillet 1956, il fait ses débuts dans le monde bancaire où il prestera pour la Banque belge d’Afrique (BBA), ancêtre de l’Union Zaïroise des Banques, qui deviendra Union des Banques congolaises, aujourd’hui la Banque Congolaise.

Le 31 décembre 1996, il prend sa retraite après avoir gravi les différents échelons dans l’entreprise : à ses débuts, il était engagé comme commis et il finit sa carrière comme Directeur-adjoint.

Au moment de son départ, le gouvernement congolais lui propose le poste de président du conseil d’administration de la banque avec l’assemblée générale qui devait se tenir au mois de mai 1997. Entre temps, il y aura un changement de taille au pays et Monsieur Myande n’occupera jamais ce poste tant mérité.

Qui d’autre que ce professionnel et passionné pour nous entretenir du secteur bancaire et de son évolution en RDC ?

Tito Kanza : Pouvez-vous nous relater la situation du secteur bancaire, en particulier les banques commerciales à vos débuts ?

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MYANDE MIGANOGANO za LWANGA

MYANDE MIGANOGANO za LWANGA : la situation bancaire avant l’indépendance, en 1956 à mes débuts, rares étaient les congolais qui avaient la culture bancaire. Les banques travaillaient avec les étrangers (expatriés) bien qu’il y ait eu quelques exceptions congolaises.
Plusieurs opérations s’effectuaient au niveau des banques commerciales telles que la banque commerciale du Congo belge, la banque belge d’Afrique… leur rôle était la création des richesses par les financements des opérations commerciales. Dans ces opérations, nous pouvons citer le crédit agricole, le crédit commercial, le crédit à l’importation, le crédit d’escompte fournisseur ou le crédit d’escompte acheteur, il y avait les financements des ventes à tempérament. Par exemple, vous vouliez acheter un véhicule, les banques vous finançaient et vous pouviez payer en 36 mensualités…

TK: Quelles étaient les conditions pour l’obtention d’un crédit?

MML. : Si nous nous arrêtons à ce moment là, le crédit était accordé aux cadres congolais avec le la garantie de leur employeur. Vous versiez votre acompte qui correspondait à 10% de la valeur du bien et la banque vous consentait le prêt payable en 36 mensualités avec la garantie de votre employeur qui vous retenait à la source le montant que vous deviez rembourser.

TK: Qu’en était-il à la perte de votre emploi ?

MML. : Lorsque vous perdiez votre emploi, souvent à l’époque, on quittait une société parce que vous étiez déjà engagé par une autre entreprise. A ce moment là, il y avait transfert de garantie vers votre nouvel employeur.

TK: Est-cela qu’on appelle l’intermédiation bancaire et en quoi consiste-t-elle ?

MML. : L’intermédiation bancaire ou financière est une médiation entre l’acheteur et le vendeur avec la banque qui se trouve au milieu. Pour le moment, vous avez la banque centrale qui chapeaute les autres banques intermédiaires.

TK: Que pouvez-vous nous dire concernant la monnaie avant l‘indépendance ?

MML. : Avant l’indépendance, la monnaie était très stable. Jusqu’au 30 juin 1960, 1 Franc Congolais équivalait à 1 Franc Belge et si mes souvenirs sont bons, à un moment donné le franc congolais équivalait à 10 francs français.
Le 6 novembre 1961, on a dévalué pour la première fois. A cette date, 1 dollar ($) équivalait à 50 francs congolais et le 9 novembre de cette même année, nous sommes passés à 130 FC pour 1 dollar américain. Le changement de nom de la monnaie s’effectue le 24 juin 1967 où le franc congolais est remplacé par le Zaïre avec une parité de 150 FC pour 1 dollar et 1.000 FC pour 1 Zaïre. Le 12 septembre 1983, nous sommes passés aux DTS (Droits de tirages spéciaux) et 1 zaïre équivalait à 0,0033 dollar américain.

TK : Un autre terme à la mode est la « bancarisation ». Mais à vous entendre, c’était déjà le cas à votre époque ?

MML. : Aujourd’hui, quel est le sens que le gouvernement donne au mot de bancarisation ?
Est-ce le nombre de personnes qui utilisent les services d’une banque (la croissance du taux de bancarisation) ou est-ce le nombre de banques réparties sur un lieu géographique donné ? Je pense que c’est le premier donc la bancarisation, c’est simplement le fait d’avoir un compte bancaire! A l’époque tous les fonctionnaires, les agents et les auxiliaires, des agents sous statuts de l’Etat, les commis dans les entreprises etc. avaient des comptes en banque. On ne vous donnait pas de crédit si vous n’aviez pas un compte en banque.

TK : Quel était le le rôle de la poste outre que la distribution de courrier ?

MML.: La poste était aussi un intermédiaire finacier. On envoyait les mandats postaux et la poste offrait également des comptes courants ou de dépôts, de chèques… elle avait l’avantage de se trouver partout dans le pays. Vous pouviez à l’époque commander des biens en Europe par exemple et payer en francs congolais ou votre colis vous étiez livré contre remboursement. Pas besoin de dollars ou autres devise!

TK: Comment faisiez-vous pour payer des gens à l’intérieur du pays là où il n’y avait pas des institutions bancaires ?

MML.: C’était très simple. D’abord, comme je le disais plus haut, il n’y avait pas que les fonctionnaires qui avaient un compte bancaire mais également les cadres et les sous statuts, tous les autres recevaient ce que l’on appelait l’accréditif, .document par lequel une banque permet à un client de toucher des fonds ou d’ouvrir un crédit auprès d’une succursale ou d’un correspondant. Ce document émis par la banque centrale (ETAT) permettait de payer un agent qui est là où il n’y a pas d’institutions bancaires ou financières. C’est comme un chèque que vous signez et cela signifie que vous avez de l’argent sur votre compte. L’accréditif valait de l’espèce. Comme la banque est une question de confiance et il suffisait au fonctionnaire de se présenter devant n’importe quel commerçant grec, portugais pour être payé. Et le commerçant venait déposer cet accréditif auprès de son institution bancaire pour être crédité sur son compte. Ce système a eu cours jusque dans les année 1962/63 et cela a disparu avec la rébellion car le pays était coupé.

TK : A partir de quel moment les banques se sont ouvertes à la grande majorité de la population ?

MML. : les banques ont toujours été ouvertes à tout le monde et même avant l’indépendance et des grands commerçants congolais travaillaient déjà avec les banques.

TK : Quelle était la relation entre le gouvernement (ETAT) avec les banques ?

MML.: A l’époque, c’est toujours la banque centrale qui réglementait toutes les opérations. La banque centrale, c’est l’Etat et les banques privées étaient bel et bien privées mais sous la coupe de la banque centrale. Et il n’y avait pas de banques d’Etat comme telles. Les banques d’Etat sont venues au moment de l’indépendance. L’Etat a pris des actions et parts dans certaines banques commerciales. La seule banque de l’Etat à l’époque, c’était la banque du Congo belge qui jouait en même temps le rôle d’une banque d’Etat et d’une banque commerciale. Elle avait été créée en 1909.
Tous les fonctionnaires qui étaient payés par les banques, c’est-à-dire à partir de la banque centrale par les jeux de la compensation, ou le jeu de clearing, là ou il n’y a pas de compensation, la banque centrale transférait le montant des fonctionnaires dans les différentes banques commerciales où ils entretenaient les comptes.

TK : Nous vivons la même situation aujourd’hui car l’Etat congolais n’a toujours pas de banque commerciale ou de participation connue !

MML.: C’est une situation normale. Ces banques qui viennent, elles ont leur capitaux purement privés. Si l’Etat ne s’intéresse pas à prendre des actions ou les banques li ont proposé mais l’Etat ne prend pas les actions, c’est possible. C’est probable que l’Etat ait des actions dans certaines banques mais lesquelles? L’Etat peut également financer des nationaux pour qu’ils rentrent dans certaines banques privées et ils peuvent d’une certaine manière représenter l’Etat car ils sont dans la gestion de l’entreprise avec le capital de l’Etat! C’est une hypothèse plausible.

TK : Qu’est-ce qui justifie la présence des messageries financières ou agents de transfert ?

MML.: A un moment donné, il y a eu des défaillances dans le secteur bancaire. Il manquait des liquidités dans les banques et à ce moment-là, on est arrivé à imaginer des choses telles que les messageries financières. Aujourd’hui, ce n’est plus avec la phonie comme par le passé, c’est via le gsm, le téléphone fixe ou l’Internet que vous effectuez les les transferts… c’est une évolution dans ce domaine.

TK : Comment voyez-vous l’avenir du secteur bancaire en RDC ?

MML.: C’est une bonne chose qu’il y ait de nombreuses banques car cela favorise la loi de l’offre et de la demande. D’où une concurrence saine. Chacun peut imaginer un nouveau produit que le voisin n’a pas.
Actuellement, les actions se font plus rapidement; vous n’avez besoin que d’une pièce d’identité pour passer une opération sans pour autant y perdre toute une journée comme par le passé. Tout cela est possible grâce à la concurrence car on imagine comment évoluer positivement.

On ne peut pas non plus comparer l’incomparable. Nous avons connu le télégramme et on travaillait au moyen des codes. Aujourd’hui, c’est différend. Vous avez les moyens techniques sophistiqués tels que le GSM, l’Internet… donc on ne peut pas comparer le système bancaire d’hier et celui d’aujourd’hui. A l’époque, tout était manuel y compris la comptabilité. Vers les années 1954/1956 que nous sommes passés à la machine comptable « Remington »… a l’époque de la deuxième république, il y avait méfiance du client vis-à-vis de la banque car quand vous déposiez de l’argent, le jour où vous souhaitez faire un retrait, on vous disait qu’il n’y avait plus d’argent! Je souhaite qu’aujourd’hui avec tous les systèmes modernes des intermédiaires financiers de restaurer la confiance et continuer à progresser dans les gains de temps lors des opérations (travailler en temps réel).

C’est là que j’admire l’évolution technique. Il faudrait également que la banque soit compétitive en vue de s’améliorer. Car si vous allez dans une banque le jour du paiement des fonctionnaires, vous qui n’êtes pas fonctionnaire, vous serez découragé. On peut imaginer un ou deux guichets spécial pour les non fonctionnaires…

Avec la volonté politique des dirigeants, on peut améliorer le Congo. Mon inquiétude réside aussi dans toutes ces banques commerciales qui viennent dans le pays avec des capitaux à origine parfois douteuses. Est-ce réellement du commerce ou y a-t-il autre chose derrière? J’espère vous avoir apporter ma petite contribution…

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