Rencontre avec Christian N’Sengi-Biembe

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Le coach N’Sengi a une force et une spécificité qui le rendent unique, dans l’univers des coachs congolais, c’est l’expérience acquise au sein du Royal Sporting Club d’Anderlecht ; Club qu’il a intégré il y a quatre années. Des années au cours desquelles il s’y est enraciné. D’un côté, en tant que membre du staff qui encadre les jeunes espoirs du club, de l’autre, en devenant, au fil du temps l’homme de confiance de madame Kiki Vanden Stock, l’épouse du Président du Club.

Né le 23 Mai 1962, c’est un ancien footballeur belge d’origine congolaise ayant évolué au Sporting et à l’Olympique de Charleroi, est le père de cinq grands enfants.

Diplômé de l’Ecole Fédérale des entraîneurs de l’Union belge de football, Christian N’Sengi-Biembe assume aujourd’hui, plusieurs fonctions.  Il est l’assistant de madame Kiki Vanden Stock au sein de la Constant Vanden Stock Foundation, mais également assistant U19-21 au Royal Sporting Club Anderlecht (RSCA), il est aussi en charge de la prospection pour l’équipe nationale congolaise, les Léopards. Ses fonctions au sein de la Fondation Vanden Stock, lui permettent entre autres, de partager sa passion du football auprès d’enfants et de jeunes socialement défavorisés.

De nature discrète et généreuse, il veille à ce que son implication et ses qualités de leadership servent à utiliser le football comme un outil d’intégration et de cohésion sociale.

Crédit photo Laure Wavreille
Christian N’sengi

Ambitieux, Christian N’Sengi veut offrir aux jeunes sous son aile une autre image du sport le plus populaire au monde. En 2001 lorsqu’il monte la première équipe nationale junior congolaise, Christian N’Sengi-Biembe cherche à promouvoir un football sain détaché de toute valeur vénale. Une vision qui demande des sacrifices mais qui ne tardera pas à porter ses fruits.

Le 5 Juillet 2016, la Fédération Congolaise de Football Association (FECOFA) vous a nommée au poste de deuxième assistant du sélectionneur national, Florent Ibenge, l’homme qui a fait rêver le Congo. Vous êtes aujourd’hui recruteur pour cette même sélection. Vous dirigiez précédemment la Sélection de la RDC des moins de 23 ans, au vu des fonctions que vous occupez au Royal Sporting Club d’Anderlecht, comment faites-vous? Est-il courant, dans le monde du football de travailler pour deux pays?

Christian N’Sengi-Biembe : Oui, travailler en tant qu’assistant et recruteur pour plusieurs pays peut arriver dans le monde du football et cela arrive notamment avec les pays africains, Maroc, Congo, etc. Quant à Florent Ibenge, je collabore avec lui professionnellement depuis longtemps. Connaissant très bien le travail que j’effectue sur la Belgique, m’a toujours demandé d’être pour lui comme un écho, voir de le conseiller, au niveau d’une série de joueurs congolais, qui comme des M’Bokani, Kabananga, Mbemba, N’Sakala, sont passés par Anderlecht et la Belgique. Nous avions un dialogue constant par rapport à ces joueurs là.  J’ai aidé Florent en le conseillant et en le briefant, chaque fois qu’il en avait besoin. Les timings ne nous auront pas permis de travailler directement ensemble car c’est à ce moment que j’ai dû faire le choix de me construire et d’asseoir en Belgique mon expérience pour être crédible à l’Internationale. Et cela passait par le fait de rester un peu à l’écart pour me focaliser sur des objectifs personnels, notamment celui de travailler durement pour l’obtention de la fameuse « Pro License » de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) qui fera de moi l’un des premiers coachs d’origine congolaise de l’histoire, à l’avoir obtenue. Cette merveilleuse opportunité, j’ai pu y accéder, en grande partie, grâce à ce travail d’assistant mais surtout grâce à mon parcours à Anderlecht.  Dans ce Club, j’ai pu me franchir les différentes étapes, que ce soit techniquement, mentalement, au niveau des compétences ou administrativement (avec cette License notamment) qui mènent à l’entraîneur que je souhaite être. Jour après jour, semaine après semaine, nous impactons la vie de nos joueurs, c’est une responsabilité.

J’ai beaucoup évolué depuis le « Coach Christian » qui a entraîné les U23, il y a quelques années, pour devenir un pur produit de l’école anderlechtoise.

Vous semblez particulièrement attaché à la Fondation Constant Vanden Stock, le travail effectué auprès de madame Vanden Stock est-il important voir valorisant pour vous?

Aider, grâce à ma passion du football, que rêver de mieux? Des enfants et des jeunes socialement défavorisés, ont les yeux qui pétillent et la tête pleine de rêves. Ils apprennent qu’il y a des récompenses à maintenir sur le long terme un effort soutenu, c’est toute une vision de la vie qui est implantée en eux.

Toute l’année, en tant qu’assistant-coordinateur de madame Kiki Vanden Stock, de son trésorier Yvon Verhoeven et avec le staff de la Fondation, nous mettons en place des équipes mixtes de football (montées en collaboration avec les 19 communes bruxelloises) sont encadrées par des entraîneurs professionnels, sélectionnés par David van Renterghem, professeur à l’Union Belge de Football, et moi-même. Ils assistent à certains matchs du Club, rencontrent des joueurs professionnels.

. L’idée de l’aide à l’intégration scolaire par la pratique d’un sport, n’est pas nouvelle ; les moyens financiers des donateurs de la Fondation et le cachet des techniques footballistiques du Royal Sporting Club Anderlecht (RSCA) mis au service de cette idée; ça, c’est nouveau et c’est efficace, cela fait merveille ! Je soigne chaque détail: des maillots, aux coupes ou médailles remises lors du tournoi annuel, en passant par les transports en bus officiels.

Comment ne pas aimer ce travail? Kiki Vanden Stock est une visionnaire qui seconde et complète parfaitement son président de mari. Sous son impulsion sont nés divers projets : le Fan Day, le Ketje Club pour les enfants de supporters, le Fan Shop et la Fondation Constant Vanden Stock. Elle a aide à intégrer les supporters à la vie même du Club. Auprès d’elle, j’ai pu, grâce à la confiance qu’elle m’accorde, acquérir de l’expérience

En vous écoutant parler avec tant de passion de votre travail, je vois clairement deux profils en vous, celui d’un père-formateur et celui d’un leader avant-gardiste. D’où vous vient ce besoin de transmettre et d’investir dans l’avenir des jeunes?

Il est difficile de réaliser de quelle manière les autres nous perçoivent. Au cours de mon parcours, j’ai eu à reculer pour mieux sauter, il m’a fallut passer d’entraîneur pour adultes, ce que j’étais dès le début de ma carrière, à la formation des jeunes, et c’était une nécessité pour faire face à l’évolution du foot actuel. En repassant par la case formation, il est possible de recréer les bases. Quand je regarde en arrière ; quelle opportunité de le faire à Anderlecht qui, ces dernières années est dans le top cinq européen des centres de formation ! J’ai pu voir défiler tellement d’adolescents, participer au développement de ceux qui ont fait deux fois la demi-finale de la League de Champions des Jeunes. Quelle école, c’est une expérience inoubliable ! Parmi eux, certains d’origine congolaise, sortent du lot ; les Andy Kawaya, Samuel Bastien, Dodi Lukebakio, Albert Sambi Lokonga (le petit frère du Léopard Paul-José Mpoku, évoluant au Standart de Liège), Stephane Omeonga, Aaron Leya Isseka (frère de l’attaquant de Chelsea Michy Batshuayi) voir les frère D’Alberto Enzo et Anthony qui pourraient, pourquoi pas, un jour rejoindre les couleurs congolaises. C’est un sacré atout d’avoir pu être dans leur parcours de formation.

Selon certains observateurs, la réussite du football africain, dans un futur proche, se joue sur une combinaison de trois axes, quels sont-ils et sont-ils valables pour le Congo ?

En effet, le grand défi du football africain et celui du Congo en particulier, sera de réussir une combinaison importante, de trois axes. les joueurs locaux  (par exemple Mazembe, Vita Club, etc.) + les joueurs évoluant avec succès à l’étranger (de type Chancel Mbemba, Mbokani) + les binationaux qui n’auront jamais mis les pieds au Congo avant l’intégration de l’équipe nationale. La victoire dépendra du fait que la sauce prenne ou pas. Nous avons pu le voir avec la récente défaite de la Côte d’Ivoire par exemple, combiner harmonieusement les trois axes est vital.

Je terminerai en soulignant que vous avez ; Christian N’Sengi-Biembe entraîné Vita Club. Si pour certains, vous êtes plus belge que congolais vous incarnez bel et bien la double culture qui est en vous. Vous avez travaillé et êtes formé à l’école européenne tout en ayant révélé des joueurs tels que Chancel Mbemba ou Dieumerci Ndongala, via les U23. Vous êtes donc très à l’aise avec les trois types de publics. Avoir un chef d’orchestre pouvant maîtriser les trois axes, rien de tel. N’est-ce pas la clef de réussite des nations africaines, surtout que la tentation des joueurs binationaux ne maîtrisant pas la culture africaine ?

C’est votre point de vu. Chaque chose en son temps, j’ai dû consolider, comme je vous l’ai dit mon parcours belge. Si j’ai gagné deux matchs avec les Léopards, c’était un one shoot, j’ai aidé, en le remplaçant au pied levé, Florent Ibenge, coincé par son contrat avec Vita Club. Le parcours de Florent est magnifique, il a échoué à deux doigts de la Coupe du Monde, ce qui n’enlève rien à tout ce qu’il a fait. Pour ma part, je persévère et travaille dans la continuité de ce que j’ai commencé : mon expérience, la Pro License de la FIFA et la reconnaissance.

Propos recueillis par Rosy Sambwa Crédit photo Laure Wavreille

One thought on “Rencontre avec Christian N’Sengi-Biembe

  1. Cela fait plaisir de voir nos compatriotes progresser et marquer le pas dans le monde du sport.
    Nous sommes très fier de Christian N’Sengi Biembe et lui souhaitons bonne continuation et succes dans tous ses projects

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