Christophe MOUKOUEKE : Quarante sept jours de trop

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Christophe MOUKOUEKE, ancien ministre du Congo. Plusieurs fois ministre pendant le régime du parti unique, de l’instauration de la démocratie au Congo, après avoir participé à la conférence souveraine en 1991, il a avec le président LISSOUBA et autres compagnons créer le parti « Union Panafricaine pour la Démocratie Sociale » dont il fut nommé Secrétaire Général en 1991 par le président Lissouba et a été reconduit à la tête du parti lors du 1er Congrès 1995. Ils remportent les élections en 1992 et en 1997.

Après examen par la Cour Constitutionnelle, le dossier de Christophe MOUKOUEKE est irrecevable. Tout espoir de briguer le mandat à la magistrature suprême s’écroule… Mais il accepte le verdict!

Une tragédie se produit : la guerre civile les contraint à quitter le pouvoir, et envoie le président Lissouba et Christophe MOUKOUEKE en exil. Ce dernier en reviendra dix ans après et cela fait maintenant deux ans qu’il est revenu au Congo. Son parti l’investit au poste de vice président et à juste, il déposera sa candidature aux élections présidentielles. Mais malheureusement, elle se verra rejetée par la Cour Constitutionnelle.

Cra : Quelles sont les raisons de l’invalidation de votre candidature ?

C. M. : La raison avancée est par rapport à la question d’âge. Vous savez que la Constitution de 2002 limite l’âge pour le candidat à la présidence au moment du dépôt de la candidature à 70 ans. J’ai lu cette dernière attentivement, je suis sensé connaître la Constitution. Avant d’accepter l’investiture de mon parti et d’introduire ma candidature, j’ai parlé avec les juristes les plus éminents du pays, que l’on trouve dans les grandes institutions pour interpréter mon problème d’âge par rapport à ce qui est dit par la Constitution. Au moment du dépôt, j’avais 70 ans et 47 jours juste, et les juristes me feront voir que il fallait avoir normalement 70 ans d’âge révolu, c’est-àdire si nous le comprenons bien 70 ans, 11 mois et 30 jours, donc ne pas avoir atteint 71 ans. Tandis que selon l’interprétation de la Cour Constitutionnelle la donne en était tout autre. C’est l’âge accompli qui compte et pas un autre âge. A cause de mes 70 ans et 47 jours que ma candidature a été invalidée.

Cra : Pensez-vous que cette décision soit justifiée ?

C. M. : J’aurai bien voulu que ma candidature soit retenue, mais, le droit est un domaine très glissant, c’est un domaine où on peut tout fourrer, tout interpréter. C’est une science à interprétation. J’aurai aimé que l’interprétation retenue soit en ma faveur, ça n’a pas été le cas. Je la regrette sincèrement. Mais si cette interprétation juridique est la meilleure, je me plie comme je le fais, et j’accepte le verdict de la Cour constitutionnelle à regret. Un peu comme mon parti qui regrette énormément. L’UPADS n’est pas n’importe quel parti. c’est quand même une des principales forces du pays et qui ne sera pas à ce rendez vous. C’est regrettable pour le pays et la démocratie congolaise.

Cra : Quel regard portez-vous sur ces élections ?

C. M. : Nous avons des élections que le Congo mérite. Comme on dit généralement: «Le peuple a des dirigeants qu’il mérite ». Au stade actuel, au niveau de la démocratie et des élections, on aurait pu mieux faire : avoir des élections plus justes, équitables et transparentes. Mais je pense que si le démocrate congolais, tel qu’il est, serve cette démocratie comme voulue avec un peu plus de bonne volonté, on aurait pu faire mieux. Permettre au peuple de choisir librement ses dirigeants, que son suffrage soit respecté et pour se faire il aurait fallu une meilleure organisation.

Cra : Vous avez failli être candidat, pensez vous que 15 jours suffisent pour mener campagne?

C. M. : 15 jours sont suffisants comme ils peuvent être insuffisants. Ils sont suffisants lorsque vous êtes prêt et connu dans le pays. Ce n’est pas tout à fait le cas pour les nouveaux. Le congolais doit choisir parmi ses fils, celui qu’il apprécie et connaît très bien. Mais si cette campagne est trop longue, elle va coûter chère. Elle n’est pas gratuite, il faut beaucoup dépenser. La campagne est un moment où on exprime ses idées, un moment de débats, pas un moment pour faire seulement des cadeaux, des dons à la population. C’est un moment qui est fait pour chercher à conquérir le pouvoir afin d’aider le peuple pour qu’il vive normalement, bien par rapport aux habitudes.

Cra : Quel serait votre message si votre candidature avait été retenue ?

C. M. : J’avais des choses à dire, je pense qu’aujourd’hui, je fais partie de ces hommes politiques que le Congo compte. Je fais la politique depuis 40 ans avec des hauts et des bas. J’en ai tiré une expérience. J’ai un certain regard de ce pays grâce aux dix années d’exil. J’ai observé mon peuple et je me suis rendu compte qu’il y avait des choses à faire. J’ai perçu les manquements, les points faibles et forts au niveau de la population. J’ai réalisé que pendant mon exil que nous n’étions que trois millions d’habitants. C’est la moitié de la population d’Abidjan. Et je dis que le Congo est une petite famille d’habitant avec tout ce qu’elle a : forêt, savanes… le Congo a un sol très fertile du Nord au Sud, tout peut pousser; les rivières, le fleuve et la mer sont poissonneux…; nous avons le pétrole… Que demander de plus ? Le Congo a tout ce qui peut rendre son peuple heureux et lui permettre de manger à sa faim…

Cra : Un mot pour clore cet entretien ?

C. M. : Je dis au peuple congolais de toujours garder espoir, nous sommes dans un pays post conflit. Nous prenons conscience et mettons-nous au travail. Et la classe politique doit travailler, pour que la paix véritable s’installe dans ce pays, il faut créer des conditions pour la paix, l’unité nationale et la réconciliation. Je souhaite pour le candidat, qui aura bénéficié du suffrage électoral de tenir compte de cela.

Propos recueillis par Tito KANZA/C-retroactuel/2009 www.diademesdafrique.net

 

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