Le Congo peut ouvrir des centres de dialyse

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Professeur Ignace Mpio : Marié et père de trois enfants. Docteur associé des universités françaises en néphrologie, il est expert en dialyse. Diplômé des facultés universitaires de médecine de Lausanne et de Lyon, il exerce présentement au CHU de Lyon et à l’association pour l’utilisation du rein artificiel toujours à Lyon où il s’occupe de la dialyse médicalisée qui est une forme de dialyse ambulatoire qui prend en charge les patients atteints d’insuffisance rénale chronique arrivé au stade terminal.

Cra : Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui à Brazzaville (Congo) ? P.I.M. : Le Congo est mon pays d’origine. Le gouvernement a lancé un appel pour l’ouverture des centres d’hémodialyse. C’est en tant que fils du pays et spécialiste de cette question ou spécialité, que je veux aider le pays dans la conception et la création d’un centre de dialyse quel qu’en soit le type (centre lourd en milieu hospitalier et centre de traitement ambulatoire. Cra : Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est l’hémodialyse ? P.I.M. : Il faut savoir que les maladies rénales lorsqu’elles progressent, elles peuvent aboutir à une déchéance irréversible des fonctions des reins. On sait que les reins, sommairement, constituent un filtre qui épure le sang, quand pour des raisons diverses, la maladie rénale progresse, évidemment cette fonction de filtre est détruite. Et les reins sont donc dans l’incapacité d’assurer la survie. Celle –ci n’est plus possible que par dialyse c’est-à-dire faire passer le sang à travers une circulation extra corporel et le mettre en contact avec un liquide appelé dialysat à travers une membrane semi perméable à travers laquelle s’effectuent des échanges entre le sang et le dialysat. Ainsi on arrive à purifier le sang des toxines accumulées du fait de la perte des fonctions du rein et cela permet la survie. Un autre aspect du traitement de l’insuffisance rénale chronique terminale, c’est la transplantation rénale. Elle consiste à greffer un rein chez un individu qui peut provenir d’un donneur vivant généralement apparenté ou un donneur cadavérique selon la réglementation. Donc, « dialyse », c’est tout simplement une technique d’épuration du sang en vue afin d’assurer la survie du patient dans la mesure où les reins natifs ont perdu leurs fonctions suite à une pathologie quelconque. « L’hémodialyse », vous avez « hémo » qui signifie « sang » et « dialyse » qui est le procédé d’échanges à travers une membrane semi-perméable entre deux compartiments liquidiens. Hémodialyse suppose le traitement par le moyen d’une machine qu’on appelle techniquement un générateur. Vous avez un autre type de dialyse qui est péritonéale qui, elle est très peu développée. Qui consiste à utiliser le péritoine comme membrane d’échanges, en usant d’un dialysat qu‘on perfuse dans la cavité abdominale que l’on laisse séjourner pendant au moins deux heures. Les échanges entre le sang et ce dialysat se font à travers le péritoine. Ainsi, on arrive à épurer le sang des toxines accumulées du fait de l’insuffisance rénale chronique terminale. On assure ainsi la survie du patient. Cra : Ne pensez-vous pas que cette technique soit difficilement applicable en Afrique ou dans les pays pauvres ? P.I.M. : L’hémodialyse, en tant que tel, est une technique qui est pratiquée par des pays à niveaux économiques différents même les pays sous développés la pratiquent. Quand je prends le contexte géographique en Afrique, certains pays tels que le Burkina Faso, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Botswana, le Congo démocratique… tous pratiquent l’hémodialyse. C’est une technique qui est réalisée par les médecins néphrologues, qui dominent la technique parfaitement puisque ça fait partie du cursus de formation. Quant on applique les règles de bonne pratique médicale, en ce qui concerne la dialyse, je pense que nos pays peuvent la faire aisément. Le Congo peut ouvrir des centres de dialyse comme les autres pays que je viens de citer. Cra : Avez-vous une idée de ce que le gouvernement peut vous octroyer (en aide) pour cette réalisation ? P.I.M. : On n’ouvre pas un centre de dialyse comme on ouvre une épicerie. La dialyse est un traitement stratégique. Il s’agit de traiter des patients qui sont porteurs d’une pathologie chronique donc il s’agit d’une médecine de haute spécialité. Dans la mesure ou la dialyse comporte un coût, nécessairement le pouvoir politique a un droit de regard sur ce qui doit se faire ou sur tout centre qui devrait se créer. Qu’il s’agissait d’un centre privé ou qu’il s’agisse d’un centre qui pourrait être en association entre privé et Etat, le pouvoir politique doit fixer des règles du jeu tout simplement parce qu’il pourrait y avoir des répercussions sur le pouvoir d’achat parce que la dialyse n’est pas gratuite. Le gouvernement devrait très vite encadrer cela par des textes réglementaires. Pour ce qui concerne l’état, nous sommes prêts à faire faire des propositions en tant qu’experts pour l’ouverture des centres en milieu hospitalier ou centres en milieu ambulatoire. Cra : En Afrique, les maladies rénales sont considérées comme des maladies pour les gens qui ont beaucoup de moyens. Est-ce que tout le monde pourra avoir accès à ses soins ? P.I.M. : Comme je vous le disais, tout dépend du pouvoir politique. La dialyse est une technique onéreuse. Une fois que le centre est créé, si ce dernier est un centre public, où l’état est à 100 % propriétaire ou actionnaire, libre est à lui de fixer les conditions d’admission. On peut imaginer que l’état prenne quatre-vingt pour cent des coûts et laisser vingt pour cent au patient ou bien simplement la gratuité des soins. Seul l’état peut fixer les règles du jeu. On peut également imaginer pour un opérateur privé de voir avec l’état dans quelle mesure on pourrait voir dans quelle modalité il pourrait prendre en charge la population et cet opérateur privé peut être subventionné par l’Etat. Tous les moyens de prise en charge devraient être décidés de commun accord avec l’Etat. Les maladies rénales affectent tout le monde et ici au Congo, la fréquence de celle-ci est élevée. Cra : Existe-t-il déjà des centres au Congo ? P.I.M. : Au Congo, il n’y a pas de centre de dialyse. C’est pour cette raison que je suis revenu de Lyon en tant qu’expert consultant de dialyse et professeur associé de néphrologie en d’apporter ma modeste contribution pour l’élaboration du projet et aider à la création d’un centre dialyse qui nécessite, quelque soit le promoteur, une expertise néphrologie. La dialyse est un terme générique mais il existe plusieurs modalités ou techniques de dialyse : péritonéale, l’auto dialyse, la dialyse quotidienne, la dialyse médicalisée et ensuite il y a la dialyse au centre lourd (la réanimation) et cela ne peut être que du ressort des néphrologues. Cra : Quel est votre message ou un appel au gouvernent ou à la population ? P.IM. : Le Congo est mon pays d’origine et la dialyse est ma spécialité donc je me dois d’aider les pouvoirs publics pour l’élaboration du projet de création et aussi dans le processus qui devrait conduire à la création des centres de dialyse soit en milieu hospitalier soit en dialyse ambulatoire. Je voudrai modestement rassurer les instances dirigeantes du pays que je suis disposé à répondre à toute sollicitation et peuvent déjà considérer que c’est un acquis que de me voir participer à toutes les démarches qui viseraient à ce que le pays puisse se doter de centre de traitement par dialyse. C’est l’une des préoccupations du pouvoir politique à laquelle je réponds dans le cadre du programme du président de la république « Le chemin d’avenir » dans lequel il a insisté sur le fait que les cadres doivent aussi mettre la main à la pâte et je suis disposé à prendre ma part aussi bien dans l’élaboration, que dans la création et dans le suivi du processus des centres.

Tito Kanza www.diademesdafrique.net

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