Pourquoi la diaspora violente-t-elle les autorités congolaises ?

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Jean-Jacques Mamba,
Militant pour l’instauration de la méritocratie en RDC

Joins par téléphone pour solliciter un avis sur l’épineuse question des réactions violentes de la diaspora vis-à vis des autorités congolaises, Jean-Jacques Mamba s’exprime sans langue de bois.

J.J.M. : Merci de me contacter pour cette question bien que je ne sois pas un représentant attitré de cette diaspora, mon avis ne peut dans ce cas qu’engager ma personne.

Cra : Je le pense bien, mais je vous rencontre souvent dans les réunions et événements de la diaspora dont vous êtes membre et votre avis nous intéresse particulièrement.
J.J.M. : Rires…je commencerai par vous dire que la seule manière de résoudre un problème c’est de dépasser le stade du constat, ce qui est peu commun dans nos milieux, dans le cas qui nous concerne, il serait important d’étayer la cause de ces violences qui du reste ne nous honorent pas.

Cra : En parlant des causes, l’on voit bien qu’en Belgique comme à Londres, ceux qui s’adonnent à ces pratiques se réclament être combattants et opposants au régime de Kinshasa, en faites-vous partie ?
J.J.M. : Monsieur Tito, gardons à l’esprit que la violence est une forme d’expression, elle peut exprimer soit une demande inconsciente et dans certains cas une réponse. Dans le cas d’espèce, posons-nous alors la question de savoir quelle est la demande de cette diaspora ou encore si la réponse de la diaspora est la violence, cette violence fait suite à quel problème ?

Cra : Vous me semblez éluder la question?
J.J.M. : Bien sûr que non, je ne suis pas partisan de l’AMP mais cela ne fait pas de moi un combattant, mon énergie peut mieux servir.

Cra : D’après–vous, si cette demande est une violence inconsciente, quelle en est la substance ?
J.J.M. : L’on peut ergoter autour de ce que pourrait être cette demande mais à mon humble avis, je pense qu’au regard de la contribution de cette diaspora, le gouvernement devrait s’investir davantage pour d’une part, lui fournir des services de qualité ,des informations fiables et utiles à sa participation et d’autre part ,le gouvernement devrait s’investir pour que cette diaspora jouisse des mêmes droits que ceux qui vivent au pays, à savoir le droit de vote…

Cra : Pour aller droit au but, cette violence ne serait-elle pas en direction de Kabila que l’on accuse d’être responsable du sors des congolais de l’Est ?
J.J.M. : Monsieur Tito, il y a eu comme vous le savez plusieurs débats et même des livres écrits autour de cette question, je ne vais pas en rajouter mais aimerais bien faire remarquer qu’en ce qui me concerne, être congolais est étroitement lié avec ce que l’on fait pour son pays, ce n’est pas une question de frontière, de langue ou de couleur, mais bien une question de patriotisme. Se réclamer congolais devrait davantage s’accompagner d’actes patriotiques en lieu et place d’une simple démonstration identitaire, n’est-il pas vrai qu’il n’y a jamais existé plus grands pilleurs du Congo que les congolais eux-mêmes ? Être congolais, qu’est-ce à dire ? Ce qui se passe à l’Est est regrettable, le gouvernement en porte toute la responsabilité par contre n’oublions pas que le peuple en tant qu’électeur a son mot à dire.

Cra : Au regard de votre réponse, pensez-vous donc que le président Kabila fasse assez pour le pays au point de dépasser la question de nationalité ?
J.J.M. : Je ne peux faire un débat sur la nationalité, je suis le fils d’un pays classé comme le plus pauvre du monde après le Bengladesh, on mettrait davantage de l’énergie à rétablir le droit à la dignité pour tous les fils de ce pays, tous ceux qui s’imposent cette lourde tache sans autre intention sont pour moi « congolais » même s’il sont d’origine chinoise (rires), en revanche, les pilleurs et détourneurs des deniers publics sont des vrais étrangers. L’action du président Joseph sera à évaluer à la fin de son mandat, ceux qui vivent sur place et qui sont impliqués défendront mieux ses actions, en ce qui me concerne, je constate que la situation à l’Est du Congo devra faire l’objet d’une évaluation particulière.

Cra : En parlant des chinois, quelle est l’appréciation de cette coopération par la diaspora ?
J.J.M. : Encore une fois je ne parle pas au nom de la diaspora, je ne sais apprécier à sa juste valeur une coopération dont je ne connais le contenu exacte, on nous parle des 5 chantiers, mais à ce que je sache, les chantiers ne commencent qu’après avoir établi des plans. Si pour une maison, le plan s’efforce de transcrire sur papier les désidératas de celui qui veut la construire, pour un État, les plans qui précèdent les chantiers doivent répondre aux besoins de cet État par ordre de priorité, le taux de chômage dépasse les 85% dans la capitale, est-ce que les 5 chantiers répondent à ce problème ?

Cra : Vos réponses me paraissent mitigées, je rebondis sur la question de la violence, pensez-vous que la diaspora a de bonnes raisons de traiter de la sorte ses autorités?
Ce que vous pensez de mes réponses me convient parce qu’in fine, il ne devrait pas exister de guerre entre les autorités d’un pays et leurs ressortissants à l’étranger. Je crois en deux choses, la première est que même dans les pays les plus développés et prospères, le chef de l’Etat se trouve toujours des opposants quelque soit la qualité de ses actions. La deuxième chose sauf avis contraire, est que la violence ne donne pas de solution durable. De ce qui précède, le gouvernement est largement en dessous des attentes du peuple à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, la violence, on la vit aussi à Kinshasa, la police n’ayant pas assez de moyens pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. Si à Kinshasa, le manque d’encadrement de la jeunesse en majorité désœuvrée explique le phénomène KULUNA, en Belgique et autre milieux de la diaspora, la guerre de l’Est reste la pierre d’achoppement à la base de la violence constatée, je parie que si depuis 2006 le pays était pacifié et prospère, on serait tous dans l’AMP même ceux que vous qualifiez de combattants, mais hélas….

Cra : Pour terminer et passer au-delà du constat, que préconisez-vous pour que la violence faites aux autorités congolaises s’arrête ?
J.J.M. : Cette question peut faire l’objet d’un débat de plusieurs heures, je crains que ma réponse vous paraisse insignifiante, mais pour être sincère, j’estime que pour arrêter la violence il faut répondre aux attentes des personnes qui la commettent. Un Etat comme un gouvernement ont des obligations vis-à-vis de ses concitoyens peu importe le lieu où ils se trouvent. Cette violence que je condamne n’est qu’une manière inconsciente d’exprimer un voeu, celui de voir un Congo pacifié et prospère, un Congo où seule la loi est au dessus de tous, un Congo où les droits de l’homme sont respectés. Pour arrêter cette violence il suffit de faire du Congo le pays que je viens de décrire, cela nécessite de la volonté, de la compétence et une forte empreinte d’éthique.

Cra : Un mot pour clore notre entretien ?
J.J.M. : Je pense avoir fait 26 minutes avec vous en ligne, je suis très flatté du fait que vous m’appelez de Kinshasa et vous remercie sincèrement, on ne saurait être plus patriote, beaucoup de succès.

Tito Kanza/C-retroactuel Magazine

www.diademesdafrique.net

 

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