L’éducation au Congo belge

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L’essor rapide de l’enseignement et l’audience de plus en plus large qu’il rencontre auprès d’importantes couches de la population congolaise a fondamentalement transformé la physionomie du système scolaire congolais depuis la dernière guerre mondiale.

C’est de 1891 à 1922 que sont organisées les premières écoles à l’intention des populations congolaises: elles se présentent sous la forme de groupes scolaires comprenant le plus souvent des sections primaires, des sections professionnelles, des classes pour candidats-commis et pour normaliens.

Les missionnaires multiplient aussi les écoles où les enfants peuvent recevoir une instruction primaire et, parfois même, moyenne. Les buts de l’enseignement sont, à cette époque, de former « des auxiliaires du gouvernement et des sociétés, et de tenter d’atteindre la masse de la population.

Une réglementation scolaire adoptée en1924 (sur la base de laquelle s’opérera désormais la subsidiassions des écoles dues à l’initiative privée) dégage un certain nombre de  principes directeurs: nécessité d’adapter les programmes et les méthodes au milieu indigène, priorité à attribuer à l’éducation plutôt qu’à l’instruction, préférence à donner à l’enseignement en langue indigène, avantage d’organiser un régime de collaboration avec les missions nationales chrétiennes, nécessité de développer les écoles normales pour assurer la formation de maîtres noirs servant sous le contrôle de maîtres européens, attention particulière à accorder à l’enseignement féminin.

Après la seconde guerre mondiale, la réglementation scolaire subit une profonde révision. Une nouvelle réglementation voit le jour en 1948. Elle vise surtout à assurer l’amélioration de l’enseignement primaire (en distinguant entre enseignement de masse et enseignement de sélection en fonction de particularités régionales) et à promouvoir le développement de l’enseignement secondaire, en donnant à cet enseignement une structure plus complète et plus diversifiée.

Elle prévoit aussi l’organisation d’un enseignement supérieur. La nouvelle églementation admet, outre la collaboration des missions chrétiennes nationales, celle des missions chrétiennes étrangères, moyennant certaines garanties préalables. Elle requiert aussi certains titres pédagogiques pour l’agréation et la subsidiassions du personnel européen ou autochtone.

A partir de 1954, le gouvernement crée un certain nombre d’écoles officielles, qui sont desservies par ses propres agents et dont il organise lui-même le programme d’études. Aux degrés primaire et secondaire, ces écoles tentent d’emblée, de dispenser un enseignement de niveau métropolitain – provoquant ainsi, par émulation, une amélioration de l’enseignement dispensé dans les écoles fonctionnant sous le régime de la réglementation de 1948 (dont les programmes-types étaient d’un niveau inférieur à celui des programmes de Belgique).

Le Congo Belge avait créé aussi, dès 1912, deux écoles pour enfants européens. La création ultérieure d’écoles nouvelles avait donné naissance à un réseau scolaire distinct et parallèle à celui que constituaient déjà les écoles destinées aux autochtones. Ce double réseau se justifiait autrefois par l’existence de deux communautés dont le mode de vie et le niveau intellectuel étaient, au départ, par trop dissemblables. Mais l’évolution sociale, ainsi que la promotion des autochtones ont rendu possible un rapprochement entre ces deux réseaux: les écoles autrefois destinées aux jeunes Européens admettent désormais des élèves non européens; en outre, certains établissements scolaires ont récemment été créés en vue d’admettre sans distinction les enfants autochtones et européens. C’est aussi le cas des universités.

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Source : « L’éducation au Congo Belge, Mars 1958 – Volume X – N »3/UNESCO

Le Congo Belge connaît des écoles officielles (fondées par les pouvoirs publics et administrées par leurs propres agents), des écoles officielles congréganistes (fondées par les pouvoirs publics et gérées par une association de droit privé), des écoles libres subsidiées (créées par l’initiative privée et bénéficiant du soutien financier du gouvernement, moyennant le respect de certaines conditions) et des écoles libres, fonctionnant sans aide ni contrôle du gouvernement.

Les écoles qui fonctionnent avec le soutien financier des pouvoirs publics sont soumises à l’inspection scolaire. Cette inspection s’effectue par l’intermédiaire du missionnaire-inspecteur et des inspecteurs officiels (agents du gouvernement, spécialistes ayant l’expérience de l’enseignement).

Dans l’enseignement secondaire et supérieur, les maîtres sont des Européens, hormis quelques rares exceptions. Dans l’enseignement primaire, au contraire, la grande majorité des maîtres sont des autochtones. Leur préparation est confiée aux écoles de moniteurs et aux écoles secondaires normales. Des maîtres d’appoint – nécessaires par suite des immenses besoins que connaît le pays – sont formés de façon accélérée dans des écoles d’apprentissage pédagogique. Des sections pédagogiques forment également de futurs maîtres pour les écoles jprofessionnelles et artisanales.

Bien qu’elle porte encore la marque de ses origines, la structure de l’enseignement congolais a pu être fortement améliorée au cours de ces dernières années et l’audience de l’enseignement s’est fortement accrue. Si l’enseignement gardien n’est encore que faiblement développé, l’enseignement primaire atteint une population scolaire de plus en plus dense. Bien que, dans les centres, on organise de plus en plus des écoles primaires à six années d’études, sur le modèle des écoles primaires belges, la distinction entre enseignement ordinaire (5 années d’études) et enseignement sélectionné (6 années d’études), prévue par la règlementation de 1948, subsiste encore en maints endroits. Elle a permis pendant longtemps de donner à la masse des élèves congolais qui fréquentaient les établissements dispensant l’enseignement ordinaire, une orientation scolaire mieux en rapport avec les besoins et les centres d’intérêt des sociétés locales.

Un ensemble d’institutions post primaires offrant des orientations fort diverses – agricole (ferme-école, école professionnelle agricole), professionnelle (écoles artisanales et ateliers d’apprentissage), médicale (écoles d’aides-accoucheuses et d’aides-infirmières), administrative ou commerciale (écoles d’auxiliaires) – couronnent l’enseignement primaire ordinaire et fournit aux sociétés locales des individus mieux à même de faire progresser les communautés indigènes dont il est nécessaire d’élargir toujours davantage  » l’horizon ».

L’enseignement secondaire est accessible aux élèves qui ont terminé l’enseignement primaire sélectionné ou, plus rarement, à ceux qui ont achevé deux années de complément à l’issue de l’enseignement primaire ordinaire .Cet enseignement comprend un certain nombre d’institutions qui préparent directement à un métier, telles les écoles moyennes, qui forment des employés de bureau subalternes, les écoles d’infirmières et de gardes-sanitaires, qui forment du personnel d’assistance par l’action médicale, et les écoles secondaires spéciales qui, selon leur orientation, forment des employés de l’administration ou du commerce, des géomètres-arpenteurs, des assistants agricoles, vétérinaires ou médicaux, et des assistants sociaux. Les écoles professionnelles forment les futurs ouvriers qualifiés, et les écoles techniques secondaires les futurs techniciens. Un enseignement artistique est dispensé dans des académies de beaux-arts et des écoles d’art artisanal.

L’enseignement secondaire comporte aussi des formations générales – latines ou modernes – qui préparent les élèves à l’université. Ces formations s’orientent progressivement vers l’adoption de programmes de niveau européen – ce qui implique, à brève échéance, la disparition des sections pré universitaires dont la tâche est de préparer aux études universitaires des candidats qui, sans ce complément de formation, ne pourraient entrer à l’université.

Dès leur création, les universités accessibles tant aux autochtones qu’aux Européens, ont rencontré un vif succès. Elles sont, en fait sinon en droit, placées sous le patronage des universités belges, et la présence aux examens de professeurs d’université venus de Belgique garantit le sérieux de l’enseignement dispensé et la valeur des diplômes délivrés. Du fait qu’elles seront installées dans le pays même, ces universités constitueront de plus en plus des foyers de culture et de rayonnement.

Mais l’enseignement ne recouvre pas toute l’éducation et il convient de mentionner certaines formes d’éducation de base pratiquées au Congo Belge comme, par exemple, les paysannats (voir Section VI).

Pour ce qui est des services auxiliaires de l’enseignement, il convient de noter l’institution récente de l’orientation professionnelle. Le premier centre pilote a été ouvert à Léopoldville en 1955.

Source : « L’éducation au Congo Belge, Mars 1958 – Volume X – N »3/UNESCO

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